Apologue ou préface allégorique.    

Ces lettres présentent d'abord un sens, étant lues à la manière accoutumée; mais si ensuite on ne lit que la première, la troisième, la cinquième ligue, etc., c'est-à-dire, toutes les lignes impaires, on y trouvera un sens opposé à celui qu'a présenté la première lecture.


Mademoiselle

Je m'empresse de vous écrire pour vous déclarer
que vous vous trompez beaucoup si vous croyez
que vous êtes celle pour qui je soupire.
Il est bien vrai que pour vous éprouver ,
je vous ai fait mille aveux. Après quoi
vous êtes devenue l'objet de m'a raillerie. Ainsi
ne doutez plus de ce que vous dit ici celui
qui n'a eu que de l'aversion pour vous , et
qui aimeroit mieux mourir que de
se voir obligé de vous épouser , et de
changer le dessein qu'il a formé de vous
haïr toute sa vie , bien loin de vous
aimer , comme il vous l'a déclaré. Soyez donc
désabusée , croyez-moi ; et si vous êtes encore
constante et persuadée que vous êtes aimée,
vous serez encore plus exposée à la risée
de tout le monde et particulièrement de
celui qui n'a jamais été et ne sera jamais
Votre serviteur,

Réponse - Monsieur,

Soyez assuré que je vous reconnois bien
pour une personne qui n'est rien moins que
sincère , et que je vous ai regardé comme
un homme haïssable et tout - à - fait in-
digne de mon estime. C'est donc inutilement
que vous m'écrivez aussi incivilement , et
que vous m'exhortez si fortement à être
désabusée. — Comment pourrais - je être
constante , puisque vous êtes vraiment le seul
homme que j'ai en aversion, bien loin d'être l'
objet de ma pensée comme vous l'avez
faussement cru ? Vous auriez au contraire
pu découvrir par toutes mes actions et par
ma haine , que j'étois loin d'avoir pour vous
des sentimens émanés d'un cœur sincère ,
si vous aviez eu seulement le sens commun.
Je finis en protestant de n'oublier jamais
un, affront si sensible ; et si à l'avenir
une personne aussi franche et aussi aimable
m'approchoit pour me dire autant de faussetés
que vous , qui m'avez dans toute occasion,
trahie, quoiqu'au dehors vous m'ayez toujours
témoigné l'amour le plus pur et le plus tendre ,
je le traiterai, monsieur, comme je vous traite ,
vous qui êtes et qui avez toujours été
un scélérat, de tous les hommes le plus in-
fidèle , et duquel je suis tout-à-fait
au désespoir d'avoir jamais pu me dire
La servante, B........



Extrait du livre de : Gabriel Peignot - Amusemens philosophiques - 1824.




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