Analyses des fables .

Je ne connais dans tout le recueil de La Fontaine que cinq ou six fables où brille éminemment la naïveté puérile ; par Jean-Jacques Rousseau.
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La Fontaine a mis a la fin de sa XVe fable, intitulée : La Mort et le Malheureux, une note qui confirme ce fait, sans que Despréaux y soit nommé
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Qu'on cherche ailleurs des débuts plus simples, plus vifs, plus nets, plus riches, d'un tour plus piquants.
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Proverbes.
 " Il n'y a si petit buisson qui ne porte son ombre."
Il n'y a si petite chose qui ne puisse, dans l'occasion, avoir son importance, son mérite, ou même son danger. Les anciens disaient dans le même sens, et à peu près dans les mêmes termes, qu'un cheveu même peut faire ombre ; ils disaient encore : Qu'une fourmi elle-même a sa colère. Nous avons nous-mêmes un autre proverbe familier qui exprime la même idée : Petit homme abat grand chêne. Je citerai enfin, comme développement complet de la même pensée, l'aphorisme suivant, qui n'est pas à négliger : Se persuader qu'un petit ennemi ne peut nous nuire, c'est croire qu'une étincelle ne suffit pas pour allumer un incendie.
G. Duplessis - 1851.
 

 

 

 

 Phèdre.




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Notice sur Phèdre par M. Fleutelot - 1869.

Phèdre n'a pas nommé Babrius, et, à l'égard d'Ésope même, il ne donne que des indications vagues et contradictoires, " Ce qui, dans mon ouvrage, dit-il, paraîtra digne de passer à la postérité, l'envie en fera honneur an génie d'Ésope; si quelques par- ties sont moins heureuses, elle soutiendra, envers et contre tuns, que j'en suis l'auteur. Il n'y avait donc alors à Rome aucun texte, aucun recueil auquel on pût en appeler? Mais comment Phèdre dit-il ailleurs :
Si libuerit aliquid interponere,
« S'il me plaisait d'ajouter quelques traits de mon propre fonds ; » et encore :
Paucas ostendit ille. ego plures dissero.
Ésope n'a laissé que peu de fables ; j'en ai composé nn plus grand nombre. Que savait-on sur le nombre des fables laissées par Esope? et qui pouvait décider si telle ou telle fable lui était on non empruntée?
Il serait assez singulier que, sur ce point, aujourd'hui, on eût des données plus positives qu'au temps de Phèdre même ; c'est-à-dire que nous pussions décider affirmativement de l'origine ésopique de tel ou tel apologue, et cela, en remontant aux sources mêmes auxquelles Esope dut puiser, aux fables indiennes, dont il ne fut peut-être que l'interprète, l'écho, le propagateur, après ses voyages en Asie. En effet, le livre attribué à Bidpaï, le Pancha-Tantra, ou les Cinq Sections, a été analysé déjà plusieurs fois d'après l'original sanscrit, et ces analyses ont un peu ébranlé et compromis la renommée d'Ésope comme inventeur; certaines fables indiennes ont paru offrir assez d'analogie avec certaines fables ésopiques, pour qu'on ne vit dans celles-ci qu'une imitation, une reproduction des premières. Peut-être le nom d'Esope n'est-il que la personnification du génie grec, en tant que ce génie adopta, remania et transforma les fables indiennes ; simplifiant, fractionnant ce qui était complexe et composé ; changeant, selon ses instincts, le caractère, la forme, la proportion des choses. La date de la rédaction actuelle du Pancha-Tantra ne remonte pas, il est vrai, an delà du cinquième siècle de notre ère; mais, dit M. Loiseleur Deslonchamps , " les matériaux qui ont servi à la composition de ce livre sont évidemment beaucoup plus anciens, et il est permis de supposer que quelques fables indiennes ont pu de bonne heure pénétrer en Perse... Dans un pays où, parmi les croyances, se trouve le dogme de la métempsycose, où l'on attribue aux animaux une âme semblable à celle de l'homme, il était naturel de leur prêter les idées et les passions de l'espèce humaine, et de leur en supposer le langage : c'est ce qui a lieu dans l'apologue indien." La ressemblance entre les deux idiomes, l'ancien persan et le sanscrit, sensible encore aujourd'hui dans la langue moderne, si altérée, dut probablement favoriser ces importations littéraires. On a même avancé que, dans une haute antiquité, le sanscrit pourrait bien être venu de la Perse dans l'Inde . Il ne serait pas sans intérêt que l'étude des monuments de cette langue, aujourd'hui poursuivie avec ardeur, fit découvrir d'autres recueils analogues ou antérieurs à celui de Bidpaï, et jetât ainsi de nouvelles lumières sur l'histoire de ces fictions. L'imagination se plait à supposer à toute tradition les origines les plus hautes, les plus lointaines; la critique et l'érudition s'efforcent d'en reconnaître les vestiges, et d'en retracer le chemin. Pour revenir à Rome et à mon sujet, je dirai que la quatrième fable du premier livre de Phèdre, " Canis per fluvium carnem ferens " est l'une des douze fables contenues dans le quatrième chapitre du Pancha-Tantra. cette fable de Phèdre, entre autres, était donc bien certainement empruntée au fonds d'Ésope; fonds mystérieux et problématique d'ailleurs, mais identifié ici avec le fonds indien, par une corrélation dont il sera curieux de multiplier les exemples.
Que les fables aient été inventées dans la Perse ou dans l'Inde, ou, plus près de nous, à Cracovie, comme l'affirme dans sa préface le traducteur allemand du Romulus Ulmensis, ou que Mercure les ait autrefois concédées au célèbre Phrygien, suivant le récit d'Apollonius de Tyane, toujours est-il que Phèdre, avisant cette belle et solitaire renommée, voulut rivaliser avec Ésope,
Nec baec invidia, verum est emulatio,
et faire qu'il y eût désormais deux grands noms au lieu d'un seul. Il rappelait avec emphase, sans exprimer autrement sa pensée, que les Athéniens avaient rendu un éclatant hommage au génie, en plaçant sur un piédestal éternel la statue d'un esclave. Que n'espérait-il pas, au fond de son cœur, pour lui-même ! lui qui, au charme et à l'utilité des inventions ésopiques, ajoutait encore l'aurait d'un tour plus piquant, d'une forme plus élégante et plus parfaite : Polivi venibus... arte fictas fabulas.
Hélas! peu s'en fallut qu'on ne lui élevât un monument d'un tout autre genre, la potence ou la croix. Au moment où la pensée lui vint d'écrire des fables, quelque sage ami,quelque vieux jurisconsulte,comme Trébatius, aurait dû l'avertir, lui représenter à quels dangers il exposait son dos ou sa tête; et Phèdre se serait peut-être prudemment abstenu, par crainte du bâton, comme les poëtes comiques , ou de quelque chose de pis. Un inconvénient que la fable partage avec la satire et la comédie, c'est que les gens peuvent, à tort ou à raison, s'y reconnaître, se fâcher et se venger. Névius avait été mis eu prison pour ses bons mots, et n'avait été élargi par les tribuns du peuple qu'après avoir fait amende honorable dans deux comédies, qu'il écrivit sous les ver-roux de la prison même . L'auteur inconnu du Querolus supplie ses auditeurs, dès le prologue, de ne voir dans ses railleries qu'une peinture générale de tel ou tel travers, et non le portrait de telle ou telle personne, " Que les raffineurs, dit de même dans sa préface un fabuliste moderne , sachent qu'on n'a en vue aucune application mordante, et que les noms poussés en l'air ne renferment aucun mystère. S'ils se mêlent de trouver des clefs, ce seront de ces clefs de hasard qui sont propres aux serrures sans que l'ouvrier en ait eu le dessein." Enlin l'on souhaite que la devise d'Angleterre ait lieu dans ce jeu innocent : " Honny soit qui mal y pense." Ainsi protesta Phèdre contre les allusions qu'on pourrait chercher dans ses fables :
Nec enim notare singulos mens est mihi.
Mais il vivait sous le règne de Tibère renforcé de Séjan ; et, avec les tyrans, les paraboles mêmes sont dangereuses . Aussi courut-il un grand péril. Phèdre nous dit brièvement qu'il ne se trouva pas bien d'avoir traité certains sujets :
In caiamitatem deligeus quidam nneani.
On s'est demandé quelles étaient entre toutes les fables celles qui avaient pu offenser le tout-puissant ministre. On a cru mettre le doigt au moins sur deux ou trois, qui seraient en effet bien audacieuses; mais peut-être ces mots de l'énigme, découverts on proposés, sont-ils plus subtils, et, si l'on veut, plus ingénieux pour ce temps-ci, qu'ils n'eussent paru spirituels et malicieux en ce temps-là. S'il faut le dire, celle circonstance de la vie de Phèdre, la plus importante et presque la seule que nous sachions,est bien difficile à concevoir. Comment ce fin courtisan, ainsi que de Thou l'appelle, ne fut-il pas le premier à deviner cet analogies, pour s'abstenir de les exprimer? comment put-il espérer de les cacher sous un voile aussi diaphane, à une époque de terreur où l'on se défiait même de son toit et de ses murailles? Enin, s'il avait blessé Séjan d'une façon aussi cruelle qu'on le suppose, comment n'a-t-il pas été,lui chetif, retranché sans bruit du milieu des mortels, sur un geste du préfet du prétoire, ou même par voie juridique, lorsque tant d'accusations, tant de procès se ressemblaient par leur fatale issue ? A quoi dut-il son salut? à la mort de Séjan peut-être; car ce ne fut pas probablement du vivant de Séjan que furent écrits ces vers, où on lui reproche d'avoir été accusateur, témoin et juge dans sa propre cause.
On ne peut tirer aucune lumière, pour l'histoire de Phèdre, de quelques personnages qu'il a désignés en termes plus flatteurs, mais vagues et insuffisants; il faut se borner à dire avec Danet, oude ses biographes : « C'étaient sans doute de gros bonnets. » Quos omnes arbitro capita pileata fuisse. Particulon, ce vir sanctissimus, qui transcrit les paroles du poète sur ses tablettes, et auquel celui-ci envoie son quatrième livre, est un personnage tout à fait inconnu. A propos de Philétus, nommé seulement dans un vers très-mélancolique de la dernière fable, on a cité une inscription perdue dans Gruter, une pierre trouvée à Brescia,et un pavé de l'église de Velletri ; de tout cela on a conclu, provi-soirement sans doute, et jusqu'à de nouveaux renseignements, que Philétus était un affranchi de Claude, et que Phèdre s'adressait précisément a ce Philétus. Quel est enfin Eutyche, auquel est dédié le troisième livre, cet homme bienveillant, mais accablé d'affaires, ayant plus d'une personne a écouter (occupatis auribus), et qui attend impatiemment quelques jours de fête pour donner un coup d'œil à son patrimoine, consacrer quelques moments aux exigences de l'amitié, jouir de l'intimité conjugale, et goûter à loisir les douceurs de l'étude, ou le charme des beaux vers? J'ai peine à reconnaître dans ce portrait le favori de Caligula dont parle Josèphe : « Eutychus était un cocher que Caïus avait fort aimé, et qui avait été employé par lui aux plus bas et aux plus vils de tous les ministères. » Si c'est à lui que s'adresse la pièce Supersunt mihi, dont on a fait l'épilogue du troisième livre, uniquement d'après quelques analogies avec le prologue dont je viens de rappeler quelques passages , Eutychus aurait rempli certaines fonctions temporaires dans un tribunal ; le cocher bien-aimé de Caïus serait devenu, sous le règne suivant, un de ces officiers auxquels Claude, « par un caprice d'imbécile, donna le droit de rendre la justice. » L'identité de ces deux Eutychus, sans être improbable, est bien loin d'être prouvée.

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