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Fleutelot [Jules].

Fleutelot [Jules], professeur, au collège Louis Le Grand.Paris.
Collection des auteurs Latins.de M. Nisard. (1869) M. Fleutelot a traduit dans les " Classiques latins," collection de M. Nisard, Phèdre et les Fastes d'Ovide.
On lui doit encore un petit poème : Les Peuples du désert.(1840) .

Notice sur Phèdre. - 1869. :

 Comment, des sommets du Piérus, Phèdre a-t-il été transporté à Rome, A la cour d'Auguste, et pourquoi fut-il affranchi? Y eut-il quelque ressemblance entre son sort et celui de ce Mélissus qui, né libre, mais exposé, par suite des querelles de ses parents, donné comme esclave lettré à Mécène, et introduit par Mécène auprès d'Auguste, fut chargé par l'empereur de mettre en ordre la bibliothèque du portique d'Octavie, et compila dans ses loisirs 450 volumes de bons mots et de facéties? Et d'abord vers quelle année placer sa naissance? On est ré-duit sur tous ces points à de très-vagues conjectures. Suétone raconte à la vérité que l'année du premier consulat de César (de Rome 695). Octavius, père d" Auguste, remporta une grande victoire sur les Besses et les Thraces : à défaut d'autres indices. Scheffer a supposé que Phèdre avait été conduit en Italie avec les captifs. Mais, à ce calcul, il serait né quatre ans avant Auguste; et, au contraire, en racontant deux événements de ce règne, l'histoire du double meurtre, et l'anecdote du joueur de fluûe, il donne bien clairement à entendre qu'il était fort jeune encore quand ces choses se sont passées.
   Quelle fut l'éducation de Phèdre? Ces mots : " Je suis né presque dans l'école, " font-ils allusion à quelque circonstance de son enfance ? Quoi qu'il en soit, le style même de ses fables, les souvenirs, les imitations qu'on peut y deviner ou y reconnaître, le tour attique de sa pensée, la pureté, sauf quelques taches, et la finesse de son expression, disent assez qu'il dit être initié de bonne heure à l'étude des deux littératures. Il parle avec admiration de l'esprit de Ménandre, des merveilleuses poésies de Simonide; il traduit, par boutade, les premiers vers de la Médée d'Euripide ; il fait allusion, en nommant Sinon, à un passage du second livre de l'Enéide ; enfin il paraît avoir été nourri des anciens écrivains latins, si l'on en juge par certaines expressions, pourtant assez rares, qu'il leur emprunte, et par la citation d'un vers du Télèphe d'Ennius, qui termine l'épilogue du troisième livre.
   Phèdre, de Thrace devenu Romain, conquis au Latium par la langue et l'Éducation, veut payer sa dette à sa patrie adoptive. Il fera en sorte que le Latium ait une gloire de plus a opposer à celles de la Grèce. Mais toutes les places étaient prises; toutes les parties de l'art grec était nt pourvues chacune d'un représentant presque officiel à Rome. Traducteur de génie ou tout au moins d'esprit, l'apologue grec étant à peu près le seul genre auquel l'imitation n'eût pas encore touché, il s'en empara . En effet, l'auteur, quel qu'il soit, de la Consolation à Polybe , contemporain de Phèdre, qu'il ne parait pas avoir connu, déclare, au commencement dn règne de Claude, que jusqu'alors les Romains ne se sont pas essayés dans ce genre de composition : AEsopus logos, intentatum Romanis ingentis opus. Pourtant, la fable de l'Alouette, dans Ennius, celle du Lion et du Renard , dans Lucilius, un passage de l'Aululaire de Plaute, le discours de Ménénius dans Tite-live, et plusieurs apologues racontés ou indiqués par Horace, nous révèlent la présence à Rome des traditions ésopiques; mais sous quelle forme existaient-elles? Ici deux points sont à examiner :
Esope a-t-il jamais écrit?
   Possédait-on à Rome un texte grec quelconque, en prose ou en vers ?
   La première question en est encore où Boyle et Bentley l'ont laissée. Le nom d'Esope ayant été placé à coté de celui de Phalaris, dans une phrase où Will. Temple exprimait son admiration exclusive pour les ouvrages des anciens, Bentley (1697) saisit cette occasion pour entrer en lice avec Boyle, et soulager sa rancune contre l'éditeur des Lettres de Phalaris. Il soutint, dans une longue dissertation, qu'Ésope n'avait rien écrit, pas plus que Phalaris. Boyle se crut obligé de défendre l'un aussi bien que l'autre ; et Ésope se trouva ainsi introduit dans celte célèbre querelle . Bentley répliqua à son tour; malheureusement il ne s'occupa que de Phalaris, et quant à la partie dn livre de Boyle qui concernait Esope, il se contenta de dire : " Le style ici devient un peu plus mauvais ; quant à l'érudition, elle est pitoyable. Comme cette insipide rapsodie semble avoir été écrite plutôt dans une taverne que dans le cabinet, elle ne mérite pas de réponse.
   Le livre de Boyle, au lieu d'être insipide, est très-piquant au contraire, mais aux dépens de Bentley. Boyle, entre autres arguments, se servait du rapprochement très-heureux d'une expression de Platon dans le dialogue sur le Beau, avec un mot d'Aristophiane dans les Oiseaux , pour en conclure qu'il y avait eu des fables d'Ésope écrites, au moins du temps d'Aristophane. Socrate en avait mis en vers quelques-unes pendant les trente jours qu'il passa en prison, dans l'attente de la mort. On sait qu'à peine un siècle après, Démétrius de Phalère avait fait une collection des discours d'Ésope; elle ne nous est point parvenue. Mais nous avons des fables grecques, en vers scazons, qui, selon l'opinion avancée par Coray dans sa préface, ont dû être empruntées à la collection même de Dimétrius, si Babrius, auteur de ces fables, a réellement vécu au troisième siècle avant notre ère, s'il était contemporain de Bion et de Moschus, comme on est porté à le croire d'après " l'Elégance exquise de son style ", Ainsi donc, à part les citations d'Ésope éparses dans Aristophane, Plutarque, etc., et les nombreux apophthegmes attribués an sage Phrygien, l'ouvrage de Babrius, en admettant la supposition de Coray, est la plus ancienne reproduction, que nous possédions encore, de la plus ancienne collection ésopique dont on apprenne historiquement l'existence.
   Y avait-il à Rome, avant et après Phèdre, un texte grecquelconque, en prose ou en vers, où l'imitation latine put puiser?
Theopompe de Cnide, contemporain et ami de César, avait composé, dit Plutarque, un recueil de fables, aujourd'hui perdu; mais ce mot tout seul n'est pas assez précis, et peut s'appliquer a des fictions poétiques d'un autre genre. Revenons à Babrius. A Rome, le connaissait-on? Il avait raconté la fable de l'Alouette et ses petits. Suidas nous en a conservé quatre vers; or cette même fable fut introduite par Ennius dans une de des satires. Etait-ce un emprunt direct à Babrius? Quintilien recommande, comme premier exercice littéraire, de filtre rédiger aux enfants des fables ésopiques, dans un style pur et tempéré (on commençait par l'étude du grec), et il explique ainsi le procédé, trop fidèlement suivi dan la suite : rompre, décomposer le vers (c'est-à-dire n'altérer que la mesure et conserver tous les mots), puis reproduire le même récit en changeant les mots, puis essayer une imitation libre en forme de paraphrase, où certains détails sont abrégés, et d'autres embellis, toutefois en respectant le sens du poëte, sarro modo poeita sensu.Quel est ce poëte, sinon Babrius'? Dans une lettre d'Ausone, Babrius est plus clairement désigné; il ye st question d'une collection de fables en vers iambiques, Aesopus trimetria, traduite en prose latine par un profe-seur de grammaire ou de rhétorique, Titianus. Enfin, dans le manuscrit de la biblithèque Bodicienne où Tyrwhitt a retrouvé tant de précieux restes de Babrius, la première fable est celle du Loup et de l'Enfant qui crie, et cette fable et aussi la première des quarante-deux d'Avianus. Ainsi non-seulement Avianus a nommé le poète grec dans sa préface, mais il à traité aussi les mêmes sujets, et jusqu'à un certain point dans le même ordre, comme ou peut le penser d'après cette coïncidence très-significative.
   Il n'est pas aisé de déterminer si Phèdre à connu ou imité Babrius : c'est à peu près la même sorte de vers ; mais le mètre de celui-ci est infiniment plus sévère et plus régulier ; il ne met jamais de spondée aux pieds pairs, sinon au dernier, par lequel le scazon diffère de l'iambique ; et, quant au sujets que les deux poëtes ont traités l'un et l'autre, tous deux racontent si brièvement, et le fait est si simple, qu'ils ne pouvaient manquer de se rencontrer, même sans se connaître, et d'employer à peu près des termes semblables, Cependant cette comparaison n'est pas sans intérêt ; on y peut découvrir plusieurs indices de la priorité, et, il faut le dire, de la supériorité de Babrius. Ainsi, dans la fable malheu-reusement incomplète des Prêtres et de l'Ane, on sent combien Babrius est plus voisin et plus amoureux des traditions grecques :
"Quel homme des champs, disaient ces prêtres, ne sait pas l'histoire du bel Atys, et comment il se mutila lui-même? Qui donc ne viendrait passer, dans le tambour sacré de Cybèle, les prémices de sa récolte et de sa moisson? "


 

Phèdre :

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Fleutelot , Jules, professeur, au collège Louis Le Grand. Paris. Collection des auteurs Latins - de M. Nisard. (1869)

 


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