Analyses des fables .

Je ne connais dans tout le recueil de La Fontaine que cinq ou six fables où brille éminemment la naïveté puérile ; par Jean-Jacques Rousseau.
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La Fontaine a mis a la fin de sa XVe fable, intitulée : La Mort et le Malheureux, une note qui confirme ce fait, sans que Despréaux y soit nommé
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Qu'on cherche ailleurs des débuts plus simples, plus vifs, plus nets, plus riches, d'un tour plus piquants.
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Proverbes.
 " Il n'y a si petit buisson qui ne porte son ombre."
Il n'y a si petite chose qui ne puisse, dans l'occasion, avoir son importance, son mérite, ou même son danger. Les anciens disaient dans le même sens, et à peu près dans les mêmes termes, qu'un cheveu même peut faire ombre ; ils disaient encore : Qu'une fourmi elle-même a sa colère. Nous avons nous-mêmes un autre proverbe familier qui exprime la même idée : Petit homme abat grand chêne. Je citerai enfin, comme développement complet de la même pensée, l'aphorisme suivant, qui n'est pas à négliger : Se persuader qu'un petit ennemi ne peut nous nuire, c'est croire qu'une étincelle ne suffit pas pour allumer un incendie.
G. Duplessis - 1851.
 

 

 

 

 Phèdre.




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Notice sur Phèdre par M. Fleutelot - 1869.

Ne pourrait-on pas du moins découvrir vers quel temps s'est accomplie cette métamorphose? A cause du manuscrit trouvé à Dijon, Docen suppose que Romulus est peut-être un rhéteur ou un grammairien de ce nom, qui aurait vécu dans le midi de la Gaule, peu de temps après Ausone. Dijon, dans des siècles de barbarie et d'ignorance, a pu être un de ces asiles où furent conservées les lettres antiques, sans qu'on puisse tirer de ce fait une conséquence aussi particulière. Le cloître de St-Bénigne possédait, sous le roi Robert, des copies de Priscien et d'Horace, qui n'ont vécu dans ces contrées ni l'un ni l'autre. A défaut de documents certains, il faut se contenter de fixer à ces conjectures, sur rage où vécut Romulus, une sorte de limite inférieure.
D'abord, Vincent de Beauvais, lecteur de saint Louis, et précepteur de ses enfants, a rapporté textuellement dans son Miroir historial, et dans le Doctrinal, vingt-neuf fables tirées d'un manuscrit qui, pour les leçons, se rapporte à l'édition d'Ulm. Vincent nous apprend qu'on citait souvent des fables à celle époque dans les sermons, pour dissiper un peu l'ennui des auditeurs, et à cause des moralités édifiantes dont elles sont accompagnées. Mais essayons de remonter un peu plus haut.
Le 2° volume des OEuvres de Marie de France contient 104 fables, qu'elle traduisit de l'anglais en français pour un certain comte Willaume, le même qui est désigné dans le poëme du Renard couronné comme marquis de Namur et comte de Flandres. Les dix-huit premières fables de Marie correspondent, pour l'ordre et les détails du récit, au premier livre des Romulus d'Ulm et de Dijon; les fables 26, 27, 28, 29, aux fables 1, 2, 3, 4, du deuxième livre. Donc la collection latine d'après laquelle fut faite la version anglaise dont se servait Marie, avait beaucoup d'analogie avec les collections latines que nous possédons, et l'on peut prendre en considération l'époque où fut rédigée cette version anglaise, pour assigner, comme je disais tout à l'heure, une limite inférieure aux conjectures sur l'époque même du travail de Romulus.
Marie parle du livre d'Ésope comme ayant été d'abord traduit du grec en latin. Un roi d'Angleterre, Henri, qui aimait beaucoup les fables, traduisit le latin en angleiz, et moi, dit-elle, « je l'ai rimé en franceiz. » Le livre latin, c'est Romulus; le roi d'Angleterre, c'est sans doute Henri Ier., surnommé Beau-Clerc, né et nourri en Angleterre, et qui régna de 1100 à 1155. Mais, pour deux manuscrits des œuvres de Marie qui nomment ce roi Henri, on en cite nombre d'autres qui le nomment Alurez, Alvrez, Affrus, Auvrèz, Auvert; notamment le manuscrit 978 de la bibliothèque Har-léienne, le seul où l'on ait trouvé tout l'ouvrage de Marie complet. Alurez, c'est Alfred-le-Grand, qui régna de 874 à 901. Diverses objections ont été faites. Comment, dit M. Delarue, aurait-on pu traduire dès le IX° siècle le texte grec d'Ésope en latin, puisque encore au XII° aucun des professeurs de Paris n'entendait le grec? — Nous avons vu que Romulus n'avait eu nul besoin d'entendre le grec, et que son ouvrage n'était point une traduction d'Ésope. — Comment, dit M. de Roquefort, Marie, qui avait appris la langue anglaise du XIII° siècle, eût-elle été en état de comprendre et d'expliquer l'anglo-saxon du IX° ?—Mais ne sait-on pas qu'en France, comme en Angleterre, les manuscrits suivaient le progrès insensible de la langue, et qu'à chaque copie le style était rajeuni, l'orthographe amendée, et l'expression modernisée? Il est probable que plus d'un ouvrage anglo-saxon, à l'époque de Marie, avait été mis à la portée des lecteurs, a la faveur de ces réparations successives. On sait avec quel zèle Alfred recommandait les traductions de latin en anglo-saxon, et comme il prêchait lui-même d'exemple. Il avait donné a aux oreilles des Anglais " un nombre infini d'ouvrages latins, parmi lesquels on cite le livre d'Orose, de Cladibus et Miseriis mundi le Gesta Anglorum du vénérable Bède; la Consolation de Boèce, où il avait mis tant de verve et d'éloquence, qu'il arracha des larmes à ses auditeurs; une partie des Dialogues de saint Grégoire, et son Pastoral. Dans le préambule de ce dernier opuscule, il nous apprend quelle était sa manière de travailler; d'abord il s'assurait du sens de l'auteur latin, avec les prêtres instruits qu'il avait appelés de tous côtés autour de lui ; Jean Scot, l'Irlandais ; As-ser, de Menovia; Plegmund, de Chester; Grim-bald, bénédictin de Saint-Omer,etc.; puis il traduisait en anglais mot pour mot, et idée pour idée ; puis il envoyait une copie de sa traduction à tous les évêques. « Quand je montai sur le trône, dit-il, bien peu de gens ici entendaient le latin; grâce à Dieu, maintenant il y a plus d'un professeur qui l'enseigne. » Il avait ouvert, en effet, une multitude d'écoles, et fondé l'université d'Oxford. Enfin M. Delarue lui-même cite ce passage de Spelman, où il est dit qu'Alfred avait engagé les gens de lettres de son temps à instruire le peuple par des apologues et des chansons. Lessing se prononce pour Alfred, dans les notes qu'il avait rassemblées pour une histoire de la fable ésopique; il ne met pas en doute, comme Tyrwhitt, que la version anglo-saxonne ait jamais existé, bien que depuis elle ne se soit pas retrouvée. Mais voici un ouvrage en distiques latins, composé d'après et après la prose de Romulus, par un archevêque de Tours, Hildebert, né en 1057. Ainsi donc, en tout état de cause, le travail de Romulus sur Phèdre ne peut être d'une époque plus récente que le commencement du XI°. siècle, et peut-ètre existait-il dès le commencement du IX°. On voit combien nous sommes loin de 1480 et de l'archevêque Perotti. Un examen rapide de cette seconde transformation prouvera que Hildebert avait sous les yeux, non plus Phèdre, comme Romulus, mais seulement Romulus lui-même. Nous ne possédons que soixante fables de Hildebert; elles correspondent exactement, pour l'ordre et les sujets, aux trois premiers livres des Romulus d'Ulm et de Dijon ; on ne sait s'il avait mis aussi en vers le quatrième.
Il est impossible, en ayant à la fois Phèdre, Romulus et Hildebert sous les yeux, de ne pas suivre, de ne pas toucher au doigt la filiation des textes, au moyen de certains traits communs à Phèdre et à Romulus , combinés dans ce dernier avec d'autres qui ne sont plus communs qu'à Romulus et à Hildebert. Prenons la fable Cervus et Boves :
Phèdre: Haec significat fabula
Dominum videre plurimum in rebus suis.
Roumus d'Ulm: Hœc fabula docet, quemlibet
...
Hildebert: Exulis est non esse suum ; vigilare, potentis ; Stertcre, servorum, velle juvare, pli.
Autre exemple des trois textes comparés, dans la fable Musca et Mula :
Phèdre: Verbis non moveor tuis ;
...
Romulus : Verba tua non pavesco, sed hujus, qui prima sella sedet, qui frenis ora temperat.
Hildebert: Nec tua facta nocent, Nec tua verba mihi.
...
Si Romulus avait supplanté Phèdre, Hildebert fut pour le poète latin un rival bien plus dangereux encore. Ces fables en distiques eurent un tel succès qu'elles empêchèrent pour longtemps de penser à Phèdre, et firent même oublier quelque peu Romulus. Hildebert, parvenu des fonctions d'écolâtre à celles d'archevêque, renommé pour son savoir autant que pour ses vertus et sa fermeté, est proclamé par Orderic Vital " versificateur incomparable." Tout ce qui sortait de sa plume était plus précieux pour ses contemporains que « l'or et les topazes. » Les cardinaux romains qui venaient alors fréquemment visiter cette partie de la France, où ils trouvaient, dit Orderic, des esprits doux et dociles, remportaient avec eux les poésies de Hildebert, et elles étaient admirées, dans les écoles de Rome, par les maîtres et les élèves. On savait surtout gré à l'archevêque d'avoir fui la rime, c'est-à-dire les vers Léonins, dont on abusait à cette époque. Quant aux antithèses, et aux jeux de mots multipliés qui composent, pour ainsi dire, le style même de Hildebert, c'est sans doute par là qu'il fut si avidement et si universellement goûté. En le comptant, sous le nom d'Ésope, parmi les auteurs étudiés dans les écoles au XIIIe siècle, Éberhard de Béthune dit « que son vers ne sommeille point, »
AEsopus metrum non sopit...
Fauchet le déclare « un poète passable, " Au siècle suivant, vers 1333, les fables de Hidelbert sont traduites en vers français, en l'honneur de madame Jehanne de Bourgogne, épouse du roi Philippe VI. C'est Ysopet Ier. de M. Robert.
Ce livret que cy vous recite
Plaisi à oïr et si proufite, etc.
Ces fables françaises, tout éloignées et diverses qu'elles semblent devoir être de Phèdre, ne sont pas sans intérêt à étudier, tant pour elles-mêmes que pour y poursuivre encore le Vim carminis de notre auteur.
Qu'un cherche par exemple, dans le poète français, la fable, Ranœ regem petentes : Des gens de la cité d'Athènes,
Qui prince et roy voudrait avoir,
Et ce, perdirent leur franchise,
Leur volonté eu autrui mise.

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