Analyses des fables .

Je ne connais dans tout le recueil de La Fontaine que cinq ou six fables où brille éminemment la naïveté puérile ; par Jean-Jacques Rousseau.
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La Fontaine a mis a la fin de sa XVe fable, intitulée : La Mort et le Malheureux, une note qui confirme ce fait, sans que Despréaux y soit nommé
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Qu'on cherche ailleurs des débuts plus simples, plus vifs, plus nets, plus riches, d'un tour plus piquants.
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Proverbes.
 " Il n'y a si petit buisson qui ne porte son ombre."
Il n'y a si petite chose qui ne puisse, dans l'occasion, avoir son importance, son mérite, ou même son danger. Les anciens disaient dans le même sens, et à peu près dans les mêmes termes, qu'un cheveu même peut faire ombre ; ils disaient encore : Qu'une fourmi elle-même a sa colère. Nous avons nous-mêmes un autre proverbe familier qui exprime la même idée : Petit homme abat grand chêne. Je citerai enfin, comme développement complet de la même pensée, l'aphorisme suivant, qui n'est pas à négliger : Se persuader qu'un petit ennemi ne peut nous nuire, c'est croire qu'une étincelle ne suffit pas pour allumer un incendie.
G. Duplessis - 1851.
 

 

 

 

 Phèdre.




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Notice sur Phèdre par M. Fleutelot - 1869.

Nicolas Perotti, avant d'arriver, en 1458, à l'archevêché de Manfredonia, et n'étant encore que secrétaire apostolique sous le pape Calixte III, avait fait pendant plusieurs années à Rome des leçons publiques sur Martial, en même temps que Calderino. Si l'on en croit la chronique de l'époque, les deux professeurs poussaient si loin la rivalité, que Martial lui-même en était souvent victime : quand l'un expliquait ou lisait un vers d'une façon, c'était un parti pris chez l'autre d'adopter un sens ou une leçon toute différente. Quoi qu'il en soit, Perotti rédigea sur son auteur favori un commentaire intitulé : Cornu Copia, qui fut publié seulement neuf ans après sa mort,en 1489. Ainsi, quand l'édition princeps de Phèdre parut, on connaissait depuis cent sept ans le Cornu Copia de Perotti. Or, il y avait dans ce livre deux passages, qui, s'ils eussent été remarqués et rapprochés l'un de l'autre, à cette époque, auraient prévenu beaucoup d'incertitudes, et épargné au public nombre de dissertations, celle-ci comprise. A la deuxième épigramme du livre de Spectaculis, à propos de ce vers :
Hic ubi miramur velocia munera Thermas,
le pédant commentateur, passant de Velox à Volare, à Nare, à Nasus, et de Nasus à Deridere, ajoute : « Quod notari ex epigrammate potest, quod nos ex Phœdro lusimus, » comme on peut le voir dans une épigramme où j'ai imité Phèdre. » Et son épigramme, il la cite, sur-le-champ, tout an long ; c'est une pièce de vers iambiques , qui commence ainsi :
Mercurium...
La plupart des expressions de cette épigramme sont en effet empruntées à Phèdre ; la chose était évidente, et pourtant elle ne fut point remarquée.
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Sans parler de plusieurs autres détails qui trahissent encore ça et là l'imitation, « vagitus ciet, ri-deret validius, ut fieri solet ; » on lit dans Phèdre : Gemitus immanes ciens, ut fieri solet, et on y trouve cinq vers terminés par le mot validius. Ainsi le commentateur de Martial, ainsi Perotti, archevêque de Manfredonia, en 1458, avait eu déjà sous la main un manuscrit de Phèdre, cent quarante ans avant que celui de Pithou ne fût découvert; il déclare positivement qu'il s'était amusé, lusimus, à raconter certaines fables, certaines historiettes dam le genre de celles de Phèdre, en employant le même mètre, et autant que possible les mêmes expressions que Phèdre lui-même. Ce premier passage du Cornu Copia resta inaperçu ; on ne fit attention qu'au second, dont il me reste à parler.
A l'épigramme 77 du premier livre, à propos de ces mots , Palladis arbos, l'arbre de Minerve, l'olivier, Perotti disait : " Allusit ad fabulam quam nos ex Aviano in fabellas nostras adolescentes ...
transtulimus. » Martial fait allusion à une fable d'Avianus qu'autrefois j'ai arrangée en vers iambiques, et qui se trouve parmi mes fables." Puis il citait une petite pièce de douze vers iambiques, commençant ainsi :
Olim quas vellent esse io totela sua, etc.
Or, cette pièce, on la retrouvait tout entière dans le classique nouveau-né, édition de Pithou, page 14, nouvelle preuve que le commentateur de Martial avait déjà lu, cité, et imité Phèdre, un siècle et demi auparavant ; seulement ici, par inadvertance, et trompé par sa mémoire, Perotti avait mis un nom pour un autre; ne pouvait-il pas confondre quelquefois les pièces qu'il avait composées à l'imitation de Phèdre, avec celles de Phèdre lui-même, et les sujets traités par Phèdre avec ceux qu'avait traités Avianus? Ainsi, je le répète, les deux passages du Cornu Capta devaient s'expliquer et se rectifier l'un par l'autre : on ne fit attention qu'au dernier ; de là vint tout le mal.
Reprenons maintenant chronologiquement l'histoire de Phèdre à partir de 1596. Comment fut accueillie la publication de Pierre Pithou, par les lettrés du seizième et du dix-septième siècle? Très-bien , d'abord. Florent Chrétien, Christoph. Colerus, Posthius,et cent autres célébrèrent en vers latins une si précieuse découverte. On s'écria que " le chœur des poëtes était augmenté " : Auctus poe-tarum chorus. Il ne s'agissait plus que " d'effacer avec la pierre ponce de la critique ", les souillures qui déparaient l'œuvre de Phèdre.
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On rendit grâce aux deux frères, Pithœorum felix concordia fratrum. Riltershu-sius, en recevant le précieux in-12, le lut trois fois de suite, en regrettant que celui qui devait faire les délices des hommes eût été si longtemps abandonné aux plus vils insectes
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Lorsqu'en 1572 Pierre Pithou avait signé le formulaire de Charles IX, le père Sirmond avait rendu un compte favorable de cette abjuration à Rome, devant la congrégation de l'inquisition; il avait obtenu qu'une édition de Paul Diacre, dans la préface de laquelle son ami avait mal parlé du culte des images, ne fût pas mise à l'index. Pierre Pithou, en cette circonstance, lui envoya un exemplaire de son Phèdre ; et tous les savants de Rome, comme on l'apprend par le père Vavasseur, ami de Sirmond, ne se refusèrent pas, après un moment d'hésitation peut-être, a reconnaître avec lui dans cet auteur le goût et le style du siècle d'Auguste. Casaubon partagea la surprise et l'admiration générale ; il répondit à Pithou : « Ex epistola tua primum de Phœdro cognovi ; nam plane mihi ante, id nomen incogni-tum... (C'est vous qui m'apprenez que Phèdre a existé, ce nom m'était tout à fait inconnu. ) Eh quoi, Casaubon, vous que Névelet appelle avec Gruter deux bibliothèques ambulantes, n'aviez-vous pas lu ce nom dans l'épigramme de Martial, et dans la préface d'Avianus, imprimée déjà depuis vingt-six ans, depuis 1570 ? ne connaissiez-vous pas le Cornu Copia de Nicolas Perotti, imprimé depuis 1489? On ne saurait pardonner a Casaubon d'avoir écrit qu'il n'avait jamais entendu parler de Phèdre , quand il eût dû se rappeler et le vers de Martial, et la préface d'Avianus, et le Cornu Copia; de n'avoir pas relevé cet aveu précieux de Perotti " quod nos ex Phœdro lusimus ", de n'avoir pas comparé le modèle et l'imitation, comme je l'ai fait tout à l'heure.
En citant la fable de Phèdre, Olim quas vellent, etc., Perotti s'en déclarait l'auteur, disant l'avoir mise en vers iambiques d'après Avianus; il se trompait manifestement, puisqu'aucune fable d'Avianus ne ressemblait à celle-ci; et au contraire, elle se trouvait dans Phèdre. Comment Martial eût-il pu faire allusion à une fable d'Avianus? On ne tint nul compte de cette erreur involontaire; on prit au mot l'archevêque, et il passa bon gré mal gré pour l'auteur du petit livre publié par Pierre Pithou. Cette opinion singulière fut soutenue pour la première fois en 1618 par Schryver ou Scrivenus, N'ayant pas le temps, disait-il, de réfuter sérieusement ceux qui prétendaient avoir découvert l'ouvrage du Phœdrus improbus nommé par Martial, et qui faisaient de ce Phèdre un affranchi d'Auguste, il se contenta d'indiquer la fable citée par Perotti, et dont Perotti, selon lui, était l'auteur, aussi bien que de toutes les autres ; il parut prendre en grande pitié Pithou et tous ceux qui s'étaient donné la peine de publier, d'annoter, de commenter, comme œuvre classique, les poésies de feu l'archevêque de Si-ponte. Scriverius n'avait pas lu le premier passage du Cornu Copia; il déclarait le style des fables indigne du siècle de la belle latinité ; ainsi son érudition, comme celle de Causaubon, était en défaut; mais son goût bien plus encore.
En 1662, Vossius protesta aussi contre l'authenticité des fables de Phèdre : « Cet écrivain, dit-il, n'est pas du siècle d'Auguste. » Veut-on savoir ce que Vossius reprochait à Phèdre? Un vers iambique terminé par un mot dont la première syllabe est longue chez tous les bons auteurs :
Cui senex contra latrans.
La tache a disparu depuis, au moyen d'un changement bien simple :
Cui latrans contra senex.
Si Vossius eût connu le texte de Phèdre tel que le donnent les manuscrits, il eût vu que, dans nombre d'endroits, de pareilles transpositions sont non-seulement licites, comme celle-ci, mais impérieusement exigées pour satisfaire à la quantité ou à la mesure ; témoin, entre autres, le cinquième vers de la fable Asinus et Porcellus ; il y a dans le mamisent Pithou:
Libenter tu tuum prorsus appeterem cibum.
Pithou connaissait trop bien les règles de la prosodie pour laisser ici un trochée, dont le vers iambique a horreur, et ne pas corriger ainsi : Tuum libenter. Bien plus, dans deux ou trois passages l'ordre même des vers ayant été interverti, c'est l'ordre seul des idées qui aide et autorise à le rétablir.
En 1727, une découverte inattendue sembla devoir dissiper tous les doutes qu'avaient pu jeter dans les esprits le second passage du Cornu Copia et l'interprétation de Scriverius. Philippe d'Orville, élève de Burmann, de Hoogstraten, de Gronovius, qui tous trois avaient donné des éditions de Phèdre, voyageant en Italie, trouva dans la bibliothèque Ambrosienne un manuscrit contenant divers opuscules copiés ou composés par Perotti, et précédés d'une préface dans laquelle l'archevêque dédiait ce recueil à son compatriote et ami T. Mannus Vel-trius; il y répétait à l'égard de ses propres vers la même expression Lusimus dont il s'était servi dans le premier passage du Cornu Copia : Sunt inter versiculos aliqui quos olim adolescentes lusimus... La même distinction entre ses propres vers et ceux qu'il n'avait fait que transcrire était encore formellement exprimée dans un prologue adressé à son neveu Pyrrhus:
Non hi sunt mei, quoe putas versiculi;
Sed AEsopi sunt, Aviani et Phaedri...
Quos collegi...
Saepe versiculos interponens meos.
Et en effet, on trouvait mêlées, dans ce recueil, trente-six des quarante-deux fables d'Avianus, trente-deux fables de Phèdre, et trente-deux de Perotti. D'Orville envoya sur-le-champ à Burmann une copie du manuscrit ; Burmann rendit compte de ce document curieux dans la préface d'un Phèdre qu'il publia la même année, 1727, et donna les variantes que présentaient pour le texte connu de Phèdre les trente-deux extraits de Perotti.
L'archevêque de Manfredonia avait donc connu, possédé, copié, un siècle et demi avant Pithou, les fables de Phèdre; il s'était de plus exercé dans le même genre de compositions; on avait pu l'apprendre déjà par le Cornu Copia ; on l'apprenait ici de nouveau, et de Perotti lui-même, comme la première fois. Pourtant, par une fatalité singulière, alors comme en 1618, le fait qui devait être noté comme éclairant l'histoire de Phèdre, comme révélant l'existence en Italie de manuscrits encore inconnus, comme confirmant l'authenticité de ceux dont on avait eu jusque-là connaissance; ce fait, on l'invoqua, ou plutôt on le tortura, on le défigura, pour le faire servir à prouver tout le contraire.
En 1746, J.-F. Christius, professeur à l'Université d'Iéna, publia une dissertation, où il soutenait que les fables de Phèdre, affranchi d'Auguste , lui paraissaient moins que jamais une œuvre du siècle d'Auguste ; que Perotti en était l'auteur ; qu'il s'était aidé à cet effet des collections en prose latine du moyen âge, rédigées par les Romulus ; et que par conséquent le manuscrit prétendu antique publié par Pithou ne devait pas être plus ancien que Perotti lui-même. Rien n'avait été plus aisé à Pe-
rotti, disait Christius, que de métamorphoser en vers iambiques la prose de Romulus; tout professeur un peu exercé pouvait en faire autant : et là-dessus, mettant d'abord en regard une fable de Phèdre, et la fable correspondante de Romulus, il citait ensuite d'autres fables de Romulus qui n'avaient pas ou qui n'avaient plus leur analogue dans Phèdre, et il refaisait du Phèdre à son tour, peut-être avec du Phèdre même. Tel avait été, disait-il, le procédé de Perotti. En 1747, Funccius répondit à Christius, et plaida la cause de Phèdre ; Christius répliqua la même année, persistant dans son opinion. En 1749, on rendait compte de cette polémique dans les Nova Acta eruditorum. On complimentait beaucoup Christius sur ses vers élégants et faciles ; on l'engageait à écrire des fables, on lui prédisait d'avance beaucoup de succès. Ces éloges, donnés alors de bonne foi, peuvent paraître aujourd'hui un assez piquant persiflage; du reste, l'auteur de l'article s'abstenait prudemment et modestement de prononcer entre les deux adversaires.
Malgré la réponse de Funccius, Apologia pro Phedro, l'opinion de Scriverius et de Christius fit sensation en Allemagne. Depuis 1618 jusqu'en 1830, au milieu même des travaux persévérants dont Phèdre est l'objet, tandis que des gens dégoût et de savoir l'étudient et l'admirent, sans parier de ses éditeurs infatigables, d'autres, non moins doctes, mais plus soupçonneux, s'obstinent à ne vouloir pas l'admettre dans le sanctuaire, comme il l'avait prévu et prédit lui-même ; Fastidiosè... in cœtum recipior; ils retournent en tous sens cette latinité qui ne leur semble pas de bon aloi, et dont ils se défient, comme le vieux rat de la belette saupoudrée de farine. J'ai recueilli quelques-uns de ces témoignages contradictoires.

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