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Jules Fleutelot.

Fleutelot [Jules].

Fleutelot [Jules], professeur, au collège Louis Le Grand.Paris.
Collection des auteurs Latins.de M. Nisard. (1869) M. Fleutelot a traduit dans les " Classiques latins," collection de M. Nisard, Phèdre et les Fastes d'Ovide.
On lui doit encore un petit poème : Les Peuples du désert.(1840) .

Notice sur Phèdre. - 1869. :

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Dans une thèse soutenue au gymnase de Goettingue, le 5 avril 1754, le théologien Heumann expliquait ce passage de l'Évangile où le diable montre à Jésus-Christ, en un moment, tous les royaumes de la terre. Heumann soutenait que le verbe ... en grec, dans saint Matthieu et saint Luc, comme le verbe monstrare dans les bons auteurs latins, signifiait une démonstration, une exposition oratoire, et non une apparition fantastique. Il citait cette fable de Phèdre, où le jeune veau explique au taureau comment il doit s'y prendre pour entrer dans l'étable : Manstrabat vitulus quo se pacte plecteret En 1777, dans cette même Université d'Iéna, où Christius avait contesté l'authenticité du fabuliste latin, un autre professeur d'Iéna l'acceptait sans ombrage. En faisant réimprimer à Leipsick les commentaires de W. Jones sur la poésie asiatique, Eichorn citait Phèdre dans sa préface, avec Horace, Virgile, Ovide ; il se servait du mètre de Phèdre pour traduire une petite fable sur la Modestie tirée du Jardin de Sadi. En 1800, Jacobs écrivait : " A parler franchement , malgré tout ce qu'on a répondu et tout ce qu'on pourra répondre aux raisons de Christius, il ne semble pas que l'authenticité des fables soit entièrement prouvée. Ce qui me fait le plus soupçonner une fraude littéraire, c'est l'imitation manifeste de Térence, non-seulement dans les fables, mais aussi dans ces continuelles invectives contre des ennemis, des envieux, des persécuteurs ; du moins doit-on convenir que le style de Phèdre, au siècle de Tibère, a quelque chose d'étrange et d'inattendu." En 1807, Hulsemann range le livre de Phèdre parmi ces ouvrages dans lesquels il y a bien, dit-il, un peu de matière antique, mais fort difficile à reconnaître sous les lambeaux modernes. Nous possédons à peine une fable du vrai Phèdre ; tout le reste est de la main de Perotti. " Hulsemann, d'ailleurs, se console avec Avianus, dont il vante beaucoup l'élégance. En 1812, Eichsaedt écrivait : " J'ai toujours pensé, à l'égard de Phèdre, qu'il fallait plutôt s'en tenir aux arguments victorieux et aux ingénieux raisonnements de Christius, qu'aux pauvretés (ra-tiunculas) de ses adversaires." En 1843, Docen reprenant la thèse de Scriverius et de Christius, fit remarquer que plusieurs vers de Phèdre semblaient imités de Martial, et comme Perotti avait commenté Martial, il n'était pas étonnant , disait Docen, qu'on trouvât, dans les poésies de l'archevêque, de nombreuses réminiscences de son auteur favori." Phèdre. — Aper fulmineis ad eum venit dentibus. Martial. — Fulmineo apumantis apri sum dente pcrempta. Phèdre. — Particulo, chartis nomen victurum meis. Martial. — Si victura meis mandantur nomina chartis. On doit savoir gré à Docen d'avoir indiqué ces rapprochements, car ils prouvent que Martial s'était involontairement approprié quelques expressions de l'improbus Paedrus. Du reste, Docen, avec bon sens et impartialité, ajoutait que la question serait une bonne fois tranchée, si l'on savait au juste à quoi s'en tenir sur les trois manuscrits, de Phèdre, celui de Pithou , celui de Reims, celui de Daniel ; si des juges compétents pouvaient prononcer en dernier ressort sur l'âge et la nature de ces manuscrits. Il regrettait que ces pièces importantes du procès fussent perdues. En 1829, quand deux de ces pièces importantes étaient déjà retrouvées; quand on savait que le manuscrit Pithou existait toujours dans la bibliothèque Rosambo; quand Gœttling venait d'écrire en Allemagne qu'il avait feuilleté au Vatican le manuscrit Danie , Jacobs écrivait encore : " Si les manuscrits appartiennent réellement aux douzième et onzième siècles, on peut regarder la question comme désormais tranchée par des preuves tirées de la diplomatique, en ce qui regarde Perotti, mort en 1480. Toutefois, nous ne pouvons le dissimuler, les circonstances de la vie de ce poète, telles que ses fables nous les apprennent , le silence de Sénèque et de Quintilien, le ton du récit, les prologues, les digressions, élèvent encore dans notre esprit bien des doutes et des scrupules." Tant cette opinion, qui faisait de Perotti l'auteur des fables de Phèdre, en dépit de Perotti lui-même, était enracinée en Allemagne; tant on a de peine, et de regrets même, à revenir d'une ancienne erreur ! Comment Phèdre, retrouve d'abord en 1596, le fut-il une seconde et dernière fois eu 1850? A quel heureux concours des hasards de la fortune et des recherches de l'érudition dut-il, en 1830 comme en 1596, les honneurs d'une solennelle réhabilitation? Je vais l'exposer sommairement. J'ai dit plus haut que le manuscrit Pithou, peu de temps après l'édition princeps, était resté enfoui dans les papiers de la famille jusqu'en 1780. A cette époque on le voit reparaître. Le père Brotier, dans la préface d'une édition de Phèdre, avertit qu'il a consulté, en 1780, un manuscrit de plus de 900 ans, venant de Pithou, et communiqué à lui, Brotier, par M. de Rosambo, premier président du parlement de Paris. En 1787, Mercier de Saint-Léger, dans l'Année littéraire (tome VIII), constate encore que le manuscrit Pithou, estimé, dit-il, à 800 ans d'antiquité, existe dans la bibliothèque du président. Vers ce même temps, Jean Félicissime Adry, de Viuceloltes, près Auxerre, membre de la congrégation des Oratoriens, et bibliothécaire de leur maison, rue Saint-Honoré, s'occupait avec ardeur de bibliographie et de manuscrits. M. de Rosambo avait promis de lui communiquer le Phèdre, comme il avait fait au père Brotier. La révolution survint. En 1800, l'oratorien, qui avait recommencé suide nouveaux frais ses recherches violemment interrompues , disait tristement dans le Magasin En-cyclopédique ( tome II) : " On a vu le manuscrit Pithou dans la bibliothèque de M. de Rosambo, lorsqu'on s'est emparé de ses biens ; mais quand ils ont été rendus à la famille, il ne s'est plus retrouvé. " Vers 1801, malgré cette indication décourageante, Schwabe, qui avait donné, en 1779, sa première édition de Phèdre, qui depuis s'était constamment occupé de cet auteur, écrit a M. Millin, à Paris, par l'entremise de son collègue Bœttiger, pour demander si le manuscrit Pilhou, communiqué en 1780 à Brolier, existe encore, soit dans la bibliothèque Rosambo, soit dans toute autre. Tandis qu'il se livrait déja, dit-il, « à toutes les vagues joies du pressentiment, » il reçoit une nouvelle accablante : « Le manuscrit Pilhou est perdu ; on l'a cherché, on ne l'a point trouvé." Schwabe écrit de nouveau a Paris, à M. Hase. Nouvelles recherches! même réponse. Sans doute alors le professeur de Weymar perdit toute espérance. Mais voici qu'en 1807, le père Adry retrouve enfin la trace du manuscrit Pithou (car c'est à ses recherches, et non a celles de Barbier, que cette découverte est due). En 1807, le père Adry fait réimprimer a Paris une nouvelle édition du Phèdre de Desbillon, et il l'enrichit de notes interessantes; ou lisait celle-ci, page 34 : " MM. Lepellelier ont hérité en partie des savants Pithou, dont ils étaient parents par une Leschassier; et le manuscrit, actuellement unique, de Phèdre est encore aujourd'hui dans leur bibliothèque. Ou m'avait trompé en m'assurant qu'il avait disparu il y a quelques années. " Le croirait-on? cette note passa inaperçue. Schwabe n'en sut rient En 1826, vingt ans après, lors de la publication du Phèdre de la collection Lemaire, on lisait au bas de la page 34 du premier volume : « Le manuscrit Pithou existe encore aujourd'hui dans la bibliothèque de M. le vicomte de Rosambo, pair de France.» (Barbier.) La collection Lemaire était une publication eu-ropéenne; le Phèdre de cette collection n'était autre que le Phèdre même de Schwabe, 1806, fidèlement réimprimé, avec de nouveaux documents bibliographiques, et quelques dissertations de M. Gail. Ce fut donc par l'édition Lemaire, par la note de Barbier, que Schwabe reçut l'heureuse nouvelle, quand il aurait pu et dû la connaître vingt ans plus tât, par la note de l'oratorien de Vincelottes. Schwabe, en 1828, écrivit a M. Hase, pour savoir s'il ne serait pas possible d'obtenir que le précieux manuscrit fût enfin examiné, apprécié, décrit, publié ; pour toutes ces choses, il espérait beaucoup de la haute position de M. Hase dans le monde savant; de ses lumières; de la sûreté, de l'auiorité de sa critique. Il y eut quelques lenteurs d'abord, quelques hésitations; le manuscrit était a la campagne; M. de Rosambo voulait consulter un de ses amis, etc.; l'Allemagne se plaignit avec amertume; elle avait douté assez longtemps pour être impa-tiente de savoir enfin la vérité. Le 30 octobre 1829, F. Jacobs disait dans l'Allegemeine Shulseitung "Les désirs de Schwabe n'ont point été satisfaits; ils ne le seront pas, jusqu'à ce que le manuscrit, ce précieux reste de l'antiquité, soit entre les mains d'un homme qui, non content de posséder un trésor littéraire, sache le faire valoir en l'utilisant." Et il ajoutait ces vers d'Horace : Nullus argento color est avaria Abdito terris... Enfin, en septembre 1830, on lisait dans les Nou-velles archives Philologiques , une lettre triomphante de Schwabe : "Mes désirs, disail-il, qui n'avaient pu être immédiatement satisfaits, le sont enfin, à ma grande joie.... Je devais annoncer sans retard l'heureux succès de mes efforts et de mes sollicitations; combien je me félicite d'avoir assez vécu pour voir Phèdre sortir victorieux du Combat! .Sic tandem bona caussa triomphat. J'oublie de bon cœur, dans ma joie, toutes les amertumes, tous les déboires qu'il m'a fallu essuyer injustement a cause de Phèdre, etc. " Qu'était-il donc arrivé entre ces deux époques? M. Hase, juste un an après les premières démarches, avait enfin obtenu communication du manuscrit Pithou; M. Jules Berger de Xivrey, aujourd'hui membre de l'lnstitut, l'avait copié en entier de sa main, comme avait fait Pithou; mais cette fois avec une scrupuleuse exactitude ; il avait noté au bas de Chaque fable les nouvelles leçons introduites dans le texte par Pithou, et quelques-unes des conjectures adoptées ou proposées plus tard ; il avait joint à cette copie un fac-similé du manuscrit, toutes les variantes du manuscrit de Reims, d'après don Vincent, et une préface intéressante; le tout avait été imprimé par A.-F. Didol, sur grand papier vélin, in-8°; Schwabe venait de recevoir un exemplaire de cette édition, qui pouvait à juste titre s'appeler aussi édition princips ; elle était la cause de sa joie, à laquelle s'associaient du reste, avec des droits inégaux, tous les partisans de Phèdre, tous les amis de la littérature latine. Ainsi toute la polémique dont l'affranchi d'Auguste avait été l'objet el la cause, toutes les discussions que son livre avait soulevées, se sont apaisées en 1830, quand on a secoué de nouveau la vieille poussière des vénérables manuscrits du Xe siècle;c ces combats ont fini comme ceux des abeilles de Virgile : Hi motus animorum atque hac certimina tania Pulveris exigui jactu compressa quiescunt. En fait de monuments poudreux, il en est un qui aurait dû jouer aussi le même rôle dans cette querelle , c'est le tombeau antique dont ont parlé Za-niosci, Gruttcr, et plus récemment Mannert, dans son opuscule intitulé : Res Trajani ad Danubium (page 78). Sur la pierre principale de ce tombeau, trouvé près Nissembuurg, en Transylvanie, ou lisait au-dessus de la tête de deux personnages inconnus : Nisi utile est quod facimus, stulta est gloria, vers tiré précisément de cette fable de Phèdre , Arbores in Deorum tutelà, que Perotti avait citée, dans son second passage, comme l'ayant autrefois composée lui-même d'après Avianus, sans se douter des erreurs qui devaient naître de la sienne.

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