Analyses des fables .

Je ne connais dans tout le recueil de La Fontaine que cinq ou six fables où brille éminemment la naïveté puérile ; par Jean-Jacques Rousseau.
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La Fontaine a mis a la fin de sa XVe fable, intitulée : La Mort et le Malheureux, une note qui confirme ce fait, sans que Despréaux y soit nommé
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Qu'on cherche ailleurs des débuts plus simples, plus vifs, plus nets, plus riches, d'un tour plus piquants.
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Proverbes.
 " Il n'y a si petit buisson qui ne porte son ombre."
Il n'y a si petite chose qui ne puisse, dans l'occasion, avoir son importance, son mérite, ou même son danger. Les anciens disaient dans le même sens, et à peu près dans les mêmes termes, qu'un cheveu même peut faire ombre ; ils disaient encore : Qu'une fourmi elle-même a sa colère. Nous avons nous-mêmes un autre proverbe familier qui exprime la même idée : Petit homme abat grand chêne. Je citerai enfin, comme développement complet de la même pensée, l'aphorisme suivant, qui n'est pas à négliger : Se persuader qu'un petit ennemi ne peut nous nuire, c'est croire qu'une étincelle ne suffit pas pour allumer un incendie.
G. Duplessis - 1851.
 

 

 

 

 Phèdre.




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Notice sur Phèdre par M. Fleutelot - 1869.

Je ne crois pas que depuis 1830 aucun antiphédriste ait reparu, soit en Allemagne, soit ailleurs. Non-seulement Phèdre est admis et classé définitivement parmi les poètes de l'ancienne Rome, mais le voilà qui fait autorité parmi les jurisconsultes. M. C. G. Zumpt a lu en 1838, devant l'Académie royale de Berlin, un mémoire sur l'origine, la constitution et les attributions du tribunal des Centumuirs ; il cherche dans ce mémoire (page 48) à retrouver d'après les auteurs latins quelles étaient les diverses matières dont connaissait ce tribunal ; il les divise en six classes, dont la seconde est celle-ci : Droit d'interpréter les clauses des testaments, et il renvoie alors à ce passage de Phèdre, livre III, fable X :
Accusatores postutarunt mutierem, Romamque periraxerunt ad centumvirus.
La publication de M. Berger de Xivrey a donc eu un double résultat, un double avantage; duplex libelli dos est : d'abord elle a fait disparaître un véritable schisme, elle a terminé une longue et scandaleuse dissidence dans la république des lettres. La paléographie est devenue de nos jours presque une science exacte ; les écritures sont classées selon leur âges, avec autant de précision que tous les autres monuments de l'art humain ; la fraude ou l'erreur ne peuvent plus se présumer aussi légèrement qu'à des temps où cette arme de la critique était moins forte et moins tranchante. M. Hase, un des représentants les plus illustres de cette science, déclare que le manuscrit Pilhou ne peut pas être plus récent que le dixième siècle; il y reconnaît la minuscule arrondie dont on se servait alors. Or, ainsi que l'a fait remarquer M. Berger de Xivrey , « l'ignorance qui régnait au Xe siècle rend impossible la supposition qu'une personne de ces temps-là ait pu être l'auteur d'un ouvrage du style le plus élégant, attribué d'une manière très-plausible à un ancien.... Un ouvrage où l'on admire ce style, par cela même qu'il existait au Xe siècle , doit remonter aux temps classiques. »
Le second avantage de cette deuxième édition prin-ceps, c'est qu'en mettant sous nos yeux le texte de Phèdre, très-malade il est vrai, mais dans l'état même où l'avaient amené les hasards d'une transcription continuée pendant neuf ou dix siècles, elle a donné à la critique un point de départ, une base fixe pour comparer entre elles les diverses corrections des divers éditeurs, qui depuis 1596 avaient restauré Phèdre chacun suivant sa fantaisie , en s'aidant, mais beaucoup plus hardiment que Pithou , de cette divination dont parle Bothe dans une de ses préfaces, et dont il a usé, ou abusé plus que personne, à l'égard des Latins et des Grecs. Le manuscrit reparaissant ainsi avec toutes ses imperfections, mais conservant toutefois les seules traces authentiques de la teneur originelle, l'essaim des philologues, pareil à cette troupe nouvelle, plus âpre et plus cruelle, dont il est question dans la fable des Guêpes et du Sanglier, n'ayant plus rien à tirer de l'ancienne proie, torturée, déchiquetée de mille morsures, est venu s'abattre sur celle-ci avec ardeur. Une nouvelle ère a commencé en 1850 pour le texte de Phèdre. Parmi tous les travaux que l'édition de M. Berger de Xivrey a suscités, il faut placer en première ligne celui d'Orelli. Il a recommencé , dans ses notes, le Varietas lectionis déjà joint au texte par Schwabe en 1806, mais en pro-fitant des nouvelles indications que donnaient les variantes, jusque-là peu ou mal connues, du manuscrit Daniel, publiées par M. Mai, en 1831 ; celles d'un second manuscrit de Perotti, d'une beauté parfaite, publié aussi par M. Mai, dans la même année; enfin le texte authentique du manuscrit Pithou, réimprimé, en 1850, avec ce que l'on connaît du manuscrit de Reims. La critique allemande s'est exercée à plusieurs reprises sur cette importante édition d'Orelli, qui a servi de modèle et de base à nombre d'autres, notamment à celle de Jordan, Leipsick, 1834, et à celle de Dressler, Baut-zen, 1838. MM. Bœhr , L. Ramshorm , G. Pinzger , A. Westermann , ont fait ressortir les mérites du travail d'Orelli. Ces trois derniers ont de plus apporté à cette occasion leur contingent de corrections, pour les passages douteux, difficiles, ou tout à fait incurables, ou Orelli avait cru devoir s'abstenir. Voulant donner la moins mauvaise traduction possible, d'après le meilleur texte connu, j'ai du m'éclairer de toutes ces lumières pour m'acquitter de ma double tâche.
Je n'ai point traduit les fables de Perotti, et ne retracerai point les débats auxquels elles ont donné lieu.
M. Mai les croit de Phèdre; mais il en sérait plus sûr, dit-il, s'il découvrait un manuscrit complet de Phèdre, où se trouveraient ces fables. Attendons comme M. Mai. Schwabe, à cet égard, était fort irrésolu ; enfin il se décida en faveur de Perotti, en ajoutant toutefois : " Il m'est impossible, à mon âge de quatre-vingt-six ans, et avec une vue aussi affaiblie que la mienne, de me décider ici en parfaite connaissance de cause." Ainsi la vieillesse seule, et les infirmités, empêchaient cet infatigable athlète de rentrer encore dans la carrière. Jacobs attribue ces trente-deux fables à un versificateur moderne, qui aura pris Phèdre pour modèle. Pourquoi chercher un autre auteur que Perotti, puisqu'il se nomme lui-même, et dans le Cornu-Copia et dansl'épître à T. Mannius, et dans le prologue adressé à son neveu Pyrrhus ?
On ne trouvera pas non plus ici les trente-quatre fables mises en vers iambiques d'après la prose des Romulus, par Gudius et Burmann, et connues sous le litre d'appendix Burmanniana, peut-être y avait-il dans cette prose beaucoup du texte de Phèdre ; peut-être les vers même de Phèdre sont-ils souvent reproduits, à peu de chose près, dans ceux de Gudius et de Burmann. Mais enfin, dit Marcheselli, Gudius ne peut pas s'être en tout rencontré avec Phèdre, et ce qui ne sera point de Phèdre sera nécesairement de Gudius. N'accolez donc pas à l'œuvre de Phèdre l'œuvre de Gudius .
Non tenete le Gudiane per vera appendice di Fedro, contra tutti latinisti di buon senso.
C'est là, en effet, ce qu'il y a de plus sensé dans les quatre dissertations du jésuite italien.
Maintenant, si nous portons les yeux hors des bancs et de la chaire, nous trouverons que Phèdre est un peu délaissé, après avoir donné matière à tant de travaux et de recherches; tout le monde le connaît, tout le monde se souvient de l'avoir expliqué; personne, pour ainsi dire, ne l'a lu. Condamné au triste sort que redoutait Horace pour lui-même, il vieillit dans nos écoles, enseignant aux enfants les éléments d'une langue qu'ils bégaient encore. Sans doute il a dû ce privilège à sa phrase courte, claire ,dégagée, d'une analyse facile ; mais il a d'autres mérites, et l'on apprécierait mieux, en y revenant plus lard, l'élégance du style, la netteté de l'expression, l'agrément du récit ; plusieurs digressions curieuses ou touchantes intéresseraient à l'homme lui-même. On est donc injuste envers Phèdre; mais n'en est-il pas ainsi de tout ce qui supporte les premiers et longs dégoûts de nos études? On apprend la construction dans les fables, comme on apprend le mécanisme de l'hexamètre dans les Eglogues , dans la première anrtout. Or, combien d'années se passent, avant qu'on puisse écouter, dans les scander, les paroles de Tityre et saisir ce paysage, que les ombres du soir vont voiler tout à l'heure; avant que les Èglogues deviennent votre lecture favorite, pour y chercher avec amour, non pas l'Italie emphatique de Turnus et d'Énee, mais celle qui était plus près de Virgile et de nous-mêmes, celle qu'il avait observée à loisir dès son enfance, prêtant l'oreille soit aux chants de l'émon-deur, soit aux lointains sifflements de l'Auster; contemplant, aux heures de calme , la surface immobile du Benacus, ou suivant de l'œil ces pâtres, ces bouviers au pas tardif, qui reviennent tout hu-mides de la glandée, et qu'il groupera plus tard autour de Gallus. Phèdre, tout fabuliste qn'il est, a beaucoup vécu avec les hommes ; il les a compris et jugés avec cette indépendance de raison que le malheur développe ou assure ; il nous en a parlé dans ce style plutôt limpide que coloré, plutôt ingénieux que poétique, si bien fait pour être conté par des intelligences françaises, dont il flatte les instincts; style d'Horace dans ses Épîtres et ses Satyres, ou de Térence, dans ses comédies. Lui aussi a su jeter la pensée familière et quotidienne dans le moule qui l'ennoblit, la dessine et l'immortalise; s'exprimer comme tout le monde, mais mieux que tout le monde. Tel est le grand art ou l'heureux don de ces esprits d'élite, supérieurs par leur natu-turel même, et d'autant plus inimitables, qu'ils laissent voir moins de prétentions et d'efforts. Venu un peu tard, et trouvant, dans toutes les carrières, des génies de perfection diverse, Phèdre a suffisamment réussi dans un genre secondaire; il n'a frappé que des médailles de petit module, mais fines et achevées. Plusieurs de ses fables sont des chefs-d'œuvre. Dans toutes ilest vif, précis, rapide. Son épithète, trop souvent abstraite, est toujours si bien choisie qu'elle donne parfois, chose singulière, une sorte de vérité pittoresque à la scène et aux personnages ; ainsi dans le Cerf et les Bœufs, ne suffit-il pas de ces seuls mots, Bobus quietis,etc, pour vous montrer un intérieur d'étable, comme aurait pu le faire Berghemou Paul Potter? Ses prologues, ses épilo-guest la critique des Ardélions ,l'Apostrophe à l'Avare, l'imitation des premiers vers de la Médée d'Euripide, plusieurs anecdotes admirablement racontées, témoignent de la souplesse de son talent. Peu de jours se passent sans qu'on ait occasion de se rappeler quelqu'une de ses sentences ; enfin, et c'est tout dire, l'excellence de son ouvrage a été proclamée par L. Fontaine.

Fleutelot , Jules, professeur, au collège Louis Le Grand. Paris.
Collection des auteurs Latins - de M. Nisard. (1869)

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